Littérature générale

0448LEO-BR-TEM.1DC

Paru le:  30-10-2019

Editeur:  Les éditions Ovadia

Isbn:  978-2-36392-352-3

Ean:  9782363923523

Prix:  22 €

Caractéristiques: 
288 pages

Genre:  Littérature générale

Thème:  Litterature

Thèmes associés: 

0448LEO-BR-TEM.4DC

Tu es déjà mort !

Les leçons dogmatiques de Ken le survivant

Nous sommes, ce jour, plus près du sinistre que le tocsin lui-même.

0273leo-hqm-photo-jbrappins

Baptiste Rappin travaille à l’Université de Lorraine en tant que Maître de Conférences. Il fait partie des rares philosophes contemporains qui s’attachent à offrir une pensée métaphysique et théologique du management, et à faire ressortir de sa gangue technique son noyau religieux et dogmatique

Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait en main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.

Que reste-t-il après l’apocalypse ? Quelle vie nous attend dans un monde dévasté par la guerre nucléaire, anéanti par la propagation d’un virus ou englouti sous les eaux d’un déluge cataclysmique ? Tel est précisément le type de situation que l’univers post-apocalyptique, qu’il soit celui du roman, du film ou du jeu vidéo, met en scène.
De ce point de vue, le manga occupe une place particulière car il tient précisément sa raison d’être de l’éclair nucléaire qui frappa et aveugla le Japon par deux fois, les 6 et 9 août 1945. Contrairement à l’Occident, l’Archipel vécut la table rase dans sa chair ; l’apocalypse ne fut pas pour lui une possibilité, mais bien une réalité effective : il fit l’expérience concrète de la faille généalogique et du déficit des origines qui forment le point de départ obligé du manga.
Le fil directeur de cet essai, Hokuto no Ken, que l’on connaît en France sous le titre de Ken le survivant, s’inscrit tout naturellement dans cette perspective : les paysages de ruines y sont le théâtre d’une grande régression biologique caractérisée par la recherche d’eau et de vivres ainsi que par la loi du plus fort. Notre héros n’a-t-il d’autre alternative que de plier à ce nouveau nomos de la terre ?
Tout l’enjeu de cette dramaturgie du Rien nous semble tenir à ce qu’elle permet, paradoxalement, de mettre en lumière ce qui pourtant ne brille que par son absence : c’est en effet peut-être quand l’humanité fait défaut que l’on peut saisir son concept et sa réalité ; c’est également peut-être à partir de l’éclipse de la cité et des institutions que l’on peut réfléchir à leur nature ainsi qu’à leur fonction ; c’est enfin peut-être quand toute civilisation a disparu de la surface de la Terre que l’on peut prendre conscience de son impérieuse nécessité.