Camus entre Plotin et Nietzsche
Hommage à Jean-François Mattei, philosophe

Entre Nietzsche et Plotin ou entre Plotin et Nietzsche, il y a, à vue de survol, un abîme.
Agrégé de lettres classiques, Docteur d'Etat (Albert Camus et la recherche du père) et philosophe, a publié de nombreux ouvrages et articles sur Camus.
Entre Nietzsche et Plotin ou entre Plotin et Nietzsche, il y a, à vue de survol, un abîme. Et la même vue de survol imposerait à un frivole examinateur le constat que l’un de ces philosophes n’a
intéressé Camus que dans les parages circonstanciels de son Mémoire d’Etudes Supérieures tandis que l’autre l’a harcelé, stimulé, aiguillonné jusqu’à ses dernières heures. Par ailleurs la tentation est forte de situer aux deux pôles opposés de la philosophie le penseur qui prétend n’être tout entier qu’un corps et celui qui aux dires de son biographe Porphyre n’aurait pas voulu de corps du tout. C'est ce départage simpliste que mettent en doute les trois petits essais ici recueillis.
Il est peu de Français qui n’aient commis au moins un article quand ce n’est pas un livre voire une thèse sur Camus. Telle est la rançon d’une gloire qui a la très rare infortune de se situer à la croisée de plusieurs croix – celle de la misère en Kabylie, celle de la guerre d’Espagne, celle de la France occupée, celle de l’horreur soviétique, enfin celle de l’Algérie en révolution – et qui de ce fait intéresse une foule de lecteurs qu’ap- privoise d’autre part une manière d’écrire clas- sique, donc claire. J’ajouterais, si je ne m’étais pas déjà livré sur le sujet assez largement pour me dispenser d’y revenir dans cette préface, que « le passage de l’Hellénisme au Christianisme, véritable et seul tournant de l’Histoire », aura été pour l’auteur de La Chute sinon son seul, du moins un véritable tourment (et que c’est, je crois, le fin du fin du tourment de Nietzsche).
