A paraître

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Paru le:  01-11-2016

Editeur:  Les éditions Ovadia

Isbn:  978-2-36392-129-1

Ean:  9782363921291

Prix:  20 €

Caractéristiques: 
320 pages

Genre:  Roman

Thème:  Littérature générale

Thèmes associés: 

Poisson-Blême

Laissez donc les philosophes pousser en toute liberté, refusez-leur toute perspective d’une situation, tout espoir de prendre rang dans une position sociale.

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Neri Segré est né à Rome où il a été élevé dans la foi catholique. Des recherches généalogiques l’ont ramené au judaïsme et finalement conduit à s’établir en Israël. Avocat de profession, il s’est mis au Talmud qu’il redécouvre en lecteur des maî- tres taoïstes et de Franz Kafka. Sa lecture des rabbis présente le double avantage de se proposer à des lecteurs non initiés et de mêler les voix perçant d’une grande gamme de religions.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, le disciple le plus pathétique et attachant du terrible iconoclaste allemand Friedrich Nietzsche ne se rencontrait pas tant parmi les partisans ou les détracteurs de sa volonté de puissance, les prophètes d’un ciel vide ou surpeuplé. On ne le trouvait pas à l’Université et dans toutes les universités qui se respectent, il est un commentateur de Nietzsche patenté au moins pour l’enseigner, le brandir et le clamer. Ni dans les cercles écologiques ni dans les communautés ascétiques ; ni dans les partis fascistes ni dans les partis libéraux ; ni dans les milieux antihumanistes ni dans les milieux humanistes. Le plus anachronique et inconditionnel de ses zélateurs était un rabbin, qui n’avait pas le titre de rabbin, connu dans les registres saints de Méa Shéarim sous le nom de Aryeh Leib Weisficsh.

(Extrait)
La soirée était en train de dégénérer. On ne débattait plus, on se chamaillait. C'était somme toute prévisible – et recherchée. Les participants trouvaient un malin plaisir à pousser les orateurs dans leurs retranchements – et c'était ce qu'à l'époque un prestigieux institut accueillait comme Fellows destinés à révolutionner le monde de l'éducation au moins. Je ne pouvais leur en vouloir, j'étais encore plus roué qu'eux pour ne pas dire intellectuellement pervers. Seuls les personnages de Jérusalem qui avaient un grain me passionnaient. Ils venaient d'ailleurs, ils se rendaient ailleurs. Ils étaient de passage et celle ville, entre ciel et terre, leur intimait de troubles vocations qui les débordaient de toutes parts. Ils étaient élus – ils ne savaient par qui ; ils étaient chargés d'une mission – ils ne savaient laquelle. Ils étaient contusionnés, avec des plaies intérieures plus purulentes que leurs plaies extérieures. Certains s'accrochaient à Kant, d'autres à Wittgenstein. Certains déliraient avec la kabbale ; d'autres se délitaient avec Kafka. Ils ne s'étaient pas remis de la Shoa, ils ne songeaient pas même à traiter leur traumatisme. Ni au ciel ni sur terre ; ni chez eux ni chez leurs enfants. Même quand ils en débattaient, ils ne disaient rien, presque rien. Ils étaient écartelés entre les rives céleste et terrestre et c'était cet écartèlement qui leur donnait leur allure pantelante. Je posais sur eux mon maudit regard de biais, je ne pouvais m'empêcher de chercher le démon qui habitait chacun.

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